LE TEMPS DE LA READAPTATION :
Curieux, tous ses neufs dans une date n’est-ce pas ? Est-ce le signe du diable à l’envers ou est-ce un présage ? Je n’en sais trop rien, mais peu importe, l’avenir nous le dira.
ChiangMai, Je suis sur la terrasse devant notre chambre du Galare Guest House, terrasse tout en tek, dont le parterre en tommettes d’un brun orangé est toujours lustré comme les parquets de mon enfance.
Si je ferme les yeux un instant, j’entends, dans l’ordre, les chants d’enfants d’une école pas trop éloignée, puis le gazouillis des oiseaux, les bruits estompés de la circulation sur le pont de la rivière Ping, bruits d’ailleurs multipliés de temps à autre, par le déchirement d’un moteur de tuk-tuk poussé dans ses retranchements par un chauffeur fou comme il s’en trouve pas mal dans le coin.
Mais si je continue à fermer les yeux un peu plus longuement, ce qui m’empêche d’ailleurs d’écrire, alors se font entendre, de plus en plus précis, les petits bruits de la vie quotidienne et besogneuse qui m’entoure. Le babillage des femmes de ménage, avec le son aigrelet et chantant de leur voix, un chien qui aboie à côté, et dont je me rends subitement compte qu’il le fait très souvent, une porte qui claque, une poule qui caquette, un gosse qui doit réclamer quelque chose en anglais à ses parents occupés à lire dans le jardin, un téléphone portable qui sonne car la civilisation n’est jamais bien loin, et maintenant au deuxième degré, quelque chose de plus subtil, de plus profond et de plus touchant ; le léger froissement provoqué par un vent diaphane dans les plantes qui m’entourent sur la terrasse et dans les arbres qui la bordent.
Page 4
Peut-être aussi en fermant les yeux ai-je pu sentir un instant monter à moi ces odeurs décidément indéchiffrables de l’Asie, odeurs d’épices certes, mais aussi odeurs d’autres choses que je ne saurai décrire mais que je ressens au plus profond de moi.
Parti dans mes pensées, je reviens sur terre brutalement pour m’apercevoir que je n’ai pas décrit ce que je vois. N’est-ce pas curieux de se dire que, souvent, ce sont les yeux fermés que l’on peut le mieux voir ce qui vous entoure. Aussi n’irai-je pas plus loin dans ma description, je vous laisse, vous aussi, imaginer !
Pourquoi n’ai-je rien écrit depuis le 29 décembre ? Difficile à dire, car j’avais beaucoup de chose à raconter (mon côté chroniqueur sportif), mais je n’avais pas envie de réécrire ce que déjà quotidiennement je relate dans mon agenda. Ce JOURNAL DE ROUTE ne sera pas un agenda de route, mais une ouverture de mon âme et de ma pensée à ce que je vais côtoyer, à ce que je vais découvrir avec mes cinq sens, avec ma sensibilité et mes émotions, à ce que je vais aimer ou détester, mais auquel je ne serai certainement pas indifférent.
Qu’avons-nous fait depuis ce fameux 29 décembre de notre départ ? Mais rien, voyons ! Absolument rien, que des faits quotidiens que nous aurions aussi bien pu avoir à la maison, sauf que bien entendu nous n’étions pas à la maison, et que dans ce cas la, les choses prennent d’autres dimensions. Chambre d’hôtels au lieu de sa propre chambre, restaurants au lieu de sa propre cuisine, taxis au lieu de sa propre voiture, étrangers autour de soi au lieu de ses amis, sa famille ou même ses voisins inconnus, et surtout jusqu’à maintenant des paysages que nous connaissons déjà aussi bien que ceux de Cannes.
Alors, pourquoi ne pas rester chez soi ? Je pense que, dans toute chose qui sort du train-train de la vie que nous menons dans le domaine délimité et marqué de notre chez-nous, il y a une aventure à plein temps, parce que nous ne savons pas ce qui nous attend au bout de la rue, et même si rien ne nous arrive, nous sommes sur le qui-vive et l’adrénaline n’est jamais bien loin.
Qu’avons-nous fait de ces presque deux semaines ? Nous installer au Siam City Hôtel de Bangkok, trouvé des restaurants pour nous restaurer, un coin pour réveillonner, défait et refait nos valises, en maugréant que nous emmenons toujours trop de choses, sélectionné les vêtements que nous laisserions à Bangkok, récupéré du décalage horaire, pris le train de nuit pour Chiangmai, toujours aussi confortable d’ailleurs, nous installer au Galare Guest House, loué une moto, eu des envies de changer d’hôtel pour voir comment c’est ailleurs, été à la salle de gym et dormi.
Beau programme, me direz vous, et le reste alors, et l’amour, et la joie de vivre ?
Mais la, il y a tout à en dire parce que c’est inépuisable. Pour moi l’amour, on pourra toujours en parler, parce qu’en amour chaque jour est différent. Il n’y a pas de train-train en amour, il y a de l’émoussement ou de la lassitude ; Il y a un changement constant des relations entre deux individus qui s’aiment, comme les vagues qui façonnent la plage et la plage qui les casse. Un jour je t’aime plus, un jour je t’aime moins, un jour plus de tendresse, un autre moins, peut-être moins belle aujourd’hui, mais certainement plus belle demain, jamais d’indifférence sinon l’amour a disparu.
Page 5
Je suis heureux, peut-être trop heureux, je ne l’ai en tout cas pas mérité, mais de ce côté-là je suis béni des Dieux. De toi, mon amour, je pourrais parler de longues heures, mais ce que j’ai de plus beau à dire est au fond de moi-même, et mon impudeur est incapable de l’en faire sortir. J’y reviendrai sûrement, car je ne laisserai pas ce sujet de côté.
L’heure du déjeuner approchant, la chaleur se faisant plus forte et Marie s’installant à mes côtés, adieu l’inspiration, les grandes envolées, le lyrisme, la philosophie et l’inspiration, et bonjour la joie de vivre !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire