mercredi 13 août 2008

BANGKOK TAMBOUILLE (Suite N° 7)

J'ai un petit peu de retard pour mon chapitre de la semaine, mais j'ai oublié de le mettre dimanche dernier. Enfin, je ne pense pas que cela soit grave, vu la quantité de lecteurs que j'ai !!!
Voici donc la suite de:
BANGKOK TAMBOUILLE ou le journal de route de la Passion

LE TEMPS DU RAS-LE-BOL
Cela commence insidieusement, on ne s’en rend pratiquement pas compte ; d’accord, nous avons attrapé froid et nous ne nous sentons pas bien ; d’accord, nous avons mal au dos à cause de la voiture ; d’accord, nous commençons à nous fatiguer à toujours être sur la route, à visiter chaque jour des temples, des palais, des châteaux ; d’accord, les hôtels ne sont pas toujours conformes à nos goûts, surtout les salles de bain ; d’accord, nous n'avons pas toujours envie d’acheter, surtout lorsque nous sommes sollicités de partout, et enfin d’accord, la cuisine indienne que nous mangeons n’est pas toujours ou presque jamais à notre goût.
Mais enfin, au début on s’y fait, on se dit »c’est cela le voyage ! La découverte ! Un nouveau pays ! Nous sommes presque des routards ! Il va falloir s’adapter au pays, à ses mœurs, ses coutumes, sa nourriture, car ici, ce n’est pas comme en Thaïlande
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où le pays s’est adapté au tourisme ; ici, c’est du vrai, du pur, de l’authentique, ce n’est pas nous qui ferons changer ce grand pays ».
Erreur ! Ce grand pays a eu le malheur d’être changé avant nous par les Anglais, d’où un affadissement des us, coutumes, mœurs et nourriture. On en rit au début, on en pleure à la fin.
Mais là n’est pas encore tout à fait mon propos ; en effet, je tente plutôt de décrire le phénomène de notre ras-le-bol le mieux possible et donc de comprendre nos réactions au fur et à mesure.
En essayant de remonter dans ma mémoire, je pense d’abord à notre première réaction épidermique, c’était tout au début à Calcutta : Bon Dieu, quelle pollution dans cette ville ! Pourtant nous sommes habitués à la pollution asiatique, Bangkok est étant un des meilleurs exemples. Oui mais ici, elle a une odeur différente, les gaz en suspend dans l’atmosphère sont beaucoup plus irritants, il arrive d’avoir des picotements dans la gorge et de tousser sans raisons apparentes. On s’en rend comptes, mais c’est vite oublié, submergé par la sensation de découvrir un nouveau pays ; on y repensera plus tard. Ensuite, c’est le temps qui nous surprend, bien que nous ayons été prévenus ; il fait chaud le jour, mais froid la nuit et nous n’avons pas su nous y adapter assez rapidement, peut-être avions nous pensé que les hôtels étaient équipés pour y faire face ; ce fut le cas, mais plus tard, après Varanasi ou nous avons, Marie et moi, attrapé la crève. Et c’est là où j’en reviens à la pollution, car celle-ci fait rapidement d’un bon rhume un début de bronchite et nous en avons fait la triste expérience.
Dans le même temps, les premières déceptions culinaires se précisent, en parallèle avec les découvertes positives ; Bons et mauvais restaurants alternent. Au début du côté de Calcutta, les bons sont en majorité, mais plus notre voyage avancera, plus la balance penchera vers les moyens et les mauvais. Il faut aussi reconnaître que le côté répétitif des plats offerts, destinés à une clientèle touristique béate et sans goût, qui passe et ne s’arrête jamais, commence son œuvre insidieuse de démolition du moral. On n’y fait pas trop attention, mais on souhaite, dans la suite du voyage, une amélioration de ce côté-là. Nous pensons nous rattraper dans les grands et célèbres palais-hôtels qui échelonnent notre périple, mais il s’avérera que ce seront les plus décevants, avec une cuisine néo-indienne à consonance anglo-occidentale, de surcroît fade par excellence pour ne pas effaroucher le bon touriste de groupe qui pourrait ne pas aimer les plats épicés.
Bon, là dessus un peu de fièvre et nous sortons, devant l’imminence de la «bronchite ou de la pneumonie, sait-on jamais », toute la panoplie des médicaments que nous trimballons toujours avec nous et dont nous ne nous servons habituellement jamais. Nous commençons à prendre des antibiotiques, cinq jours sans alcool pour nous remonter, et c’est le début de la dégringolade.
Un voyage en voiture, surtout avec chauffeur, n’est pas toujours facile, nous en avions fait l’expérience au Vietnam. Mais lorsque la voiture est un tapecul très ancien qui fait du 60 km/h par beau temps et route dégagée, alors là, la fatigue et l’énervement sous-jacents refont lentement surface. Le chauffeur choisi des hôtels à sa convenance, c’est-à-dire où il a sa commission, et nous devons, au bout de peu
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de temps commencer à ruer dans les brancards et à imposer «nos » hôtels. Une petite tension commence à s’installer entre lui et nous, une petite perte de confiance, et surtout la suspicion sur tout ce qu’il propose de nous montrer ou de nous faire visiter. Les étapes sont longues, le corps fatigué, les visites de lieus touristiques l’achèveront.
Même les hôtels que nous choisissons ne nous conviennent pas toujours, et à Jaisalmer, ce fut la recherche désespérée, après une première nuit insatisfaisante, d’un hôtel un peu correct et non complet par les groupes en cars. Nous avons en effet réussi à en trouver un neuf, dont une partie était encore en construction, et surtout à un prix de chambre très raisonnable pour la qualité. L’envers du décor était la nourriture infecte et horriblement chère, le chef qui se pavanait avec ses références d’un des meilleurs hôtels-palais de Jaipur où nous avions vraiment très mal mangé pour très cher, et le propriétaire qui nous collait perpétuellement aux basques pour savoir ce que nous pensions de l’hôtel, de la nourriture et du personnel. Ajoutons que Marie ne s’était toujours pas rétabli de son coup de froid, et moi assez fatigué, et voilà le ras-le-bol qui s’installe.
Nous sommes maintenant à Udaipur depuis une semaine, et les raisons d’énervements se sont multiplié. Les difficultés et le prix exorbitant des communications téléphoniques, les heures d’attentes pour Internet, l’impossibilité de recevoir correctement les fax importants que j’attends, la nourriture grasse et uniformément mauvaise que nous trouvons ici, le peu de choix, poulet-mouton-végétarien, proposés ici dans de petits roof-restaurant avec vue imprenable sur le lac et les palais, entrée style taudis, escaliers étroits et lugubres, et cuisine qu'il ne vaut mieux pas voir, toilettes encore moins, pollution affolante dans les rues étroites de la vieille ville, et incompétence parfaite de tout le personnel qu’il soit de l’hôtellerie, de la restauration, des banques, des agences de voyage ou de n’importe quoi.
Marie ne supporte plus la nourriture, se sent nauséeuse et fait la diète aujourd’hui, moi je me replie sur les «banana Pancakes » et ai eu très mal au ventre hier au soir. Nous ne bougeons pratiquement pas de notre chambre et nous rêvons de la Thaïlande et de ses restaurants italiens, suisses et allemands, peut-être français aussi, bien qu’ils ne soient pas à la hauteur. Nous rêvons de steaks saignants, de bonnes frites, de bonnes salades, de fondue bourguignonne, de fondue au fromage, de camembert, de Wienerschnitzel et de salades de pommes de terre.
Alors pourquoi n’être pas repartis plus tôt sur la Thaïlande ? Parce que tout simplement, il n’y avait pas, avec mon billet open sur Air India, de places avant le 13 avril prochain, et que j’ai passé ma semaine à essayer, avec toute la lenteur indienne de circonstance, de solutionner ce problème. Cela m’a coûté une fortune en téléphones, rikshaw, patience et impatiences, engueulades et sourires, pour obtenir enfin, en payant le supplément adéquat, deux sièges en classe «club » pour le 12 mars au départ de Bombay. Le tout évidemment sans savoir jusqu’au dernier moment comment nous arriverions à Bombay, tous les vols étant complets au départ d’Udaipur. Nous avons du tout envisager, y compris encore la voiture, le train (20 heures de voyage) ou des vols à rallonge en passant par d’autres villes.
Tout cela s’est solutionné hier, nous partons pour Bombay le 9 et serons à Bangkok, si tout va bien, le vendredi 12 mars à 23 heures 40.
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Et voilà comment le ras-le-bol s’installe, nous ne pensons plus qu’à partir, retrouver nos hôtels de luxe à prix raisonnables, car je ne vous l’avais pas dit, mais en plus l’Inde est devenue chère, très chère, surtout dans l’hôtellerie, retrouver notre bonne cuisine Thaï, ainsi que tous les bons restaurants étrangers, nous refaire une santé dans «notre » Chiangmai, nous dorer au soleil, faire de la gym, et ne plus se demander où nous allons atterrir le lendemain. Jusqu’à notre prochain voyage découverte, bien entendu !
En attendant, encore trois jours à passer ici, plus trois jours à visiter Bombay, et nous aurons atteint notre limite de résistance en franchissant la porte de l’avion qui nous emmènera enfin vers le paradis thaïlandais.

dimanche 3 août 2008

BANGKOK TAMBOUILLE ( Suite N° 6)

Voila de nouveau une semaine de passée, et comme promis je vous livre un chapitre de plus de mon

BANKOK TAMBOUILLE ou Le journal de route de la passion

Dimanche 21 février 1999

LE TEMPS DES MOGHOLS ET DES RAJPOUTES

Nous voici partis pour un tour du Rajasthan en voiture avec chauffeur. Mazette ! Nous sommes devenus de vrais capitalistes, pourrait-on croire. Le prix n’est pas trop terrible, 200 francs par jour, voiture, essence, chauffeur et Taxes tout compris. Mais voilà ! Quelle voiture ? Nous ne le savions pas, mais à nos dépends nous l’avons appris. Il n’existe pas de voitures confortables en Inde. Il n’existe pas de voitures rapides en Inde, mais il est certain qu’il en existe de plus rapides que la notre. Les Jeeps sont plus rapides, les camions chargés à bloc sont plus rapides, les bus, même les plus minables, et les cars sont plus rapides, c’est tout juste si les chameaux, l’air hautain et distant ne sont pas plus rapides. Bon Dieu, que c’est
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fatiguant de se traîner à 60 à l’heure sur des routes relativement bonnes et droites ! Cinq heures pour faire Dehli-Agra (200 km), cela paraît interminable et éprouve autant le dos, les fesses que le mental.
AGRA est en dehors du Rajasthan, mais je l’ai inclus parce que c’est vraiment l’endroit à ne pas manquer. Qu’y-a-t’il de plus beau au monde que le TAJ MAHAL ? Rien ! Si ! Visiter le Taj Mahal un jour de Saint-Valentin ! Et nous l’avons fait ! Main dans la main, comme deux amoureux de Peynet, sur notre petit nuage, faisant fi des hordes de touristes qui nous bousculaient et se pressaient, nous avons suivi notre petit chemin des Merveilles. Quelle pureté, quelle légèreté, quelle simplicité de lignes, quelle finition ; tout, jusque dans le plus petit détail est sublime. Quel amour a-t’il fallu à cet empereur Moghol pour, rétrospectivement, élever ce monument d’une incroyable beauté à la mémoire de sa femme morte en couche, pour y imposer une sublimation de l’art architectural moghol, pour avoir fait venir les plus grands architectes de l’époque et leur avoir demandé de penser un monument à la gloire de l’amour et à la hauteur de sa tristesse ! Je n’ai pas de mots pour le décrire, il faut l’avoir vu et l’avoir dévoré des yeux en un repas d’amoureux que Marie et moi ne sommes pas prêts d’oublier.
Pour moi, Agra, c’est le Taj Mahal et rien d’autre, même si nous avons visité d’autres monuments. Par contre, notre «dîner de gala » de la Saint-Valentin, le soir même dans le meilleur hôtel de la ville, a été un poème à la gloire de la nullité hôtelière. Décoration gentille et naïve, menu bidon à 200 Roupies (28 francs), excellent Saint Emilion à 1600 Roupies (230 francs), orchestre archi-bidon avec une musique complètement nulle. Fatigués, nous n’avons pas attendu, pour aller nous coucher, le tirage au sort du meilleur poème d’amour que tous les hommes présents avaient du écrire pour leur femme ou respectivement leur maîtresse, en anglais s’il vous plaît, et qui devait être lu en public (la honte !).
Tout à fait entre nous, je vous cite le mien, mais ne le répétez pas :
For You, my Love, (You : il s’agit de Marie, bien entendu)
Your soul is as white as the Taj Mahal,
Your body is as beautiful as the Taj Mahal,
(mais moins volumineux, of course)
And my love is bigger as the King’s Love was,
Edmond.
(La signature du chef-d'oeuvre)

Comme vous pouvez vous en rendre compte, ce soir-là, j’avais été touché par la grâce et par la muse des poètes. Peut-on, franchement, écrire quelque chose de plus beau et de plus émouvant, surtout avec un mauvais stylo sur une minuscule feuille de papier et avec une lumière approximative et un orchestre nul par derrière ? A vous de juger, mais je dis fermement NON, plus beau n’existe pas !