vendredi 11 juillet 2008

BANGKOK TAMBOUILLE ou LE JOURNAL DE ROUTE DE LA PASSION (Suite N° 3)

Lundi, 8 février 1999.

LE TEMPS DE L’ETONNEMENT

Nous attendions «le Choc », nous avons eu la surprise et l’étonnement !
Nous nous étions dit : « commençons par Calcutta, nous aurons le pire dès le départ, et le reste paraîtra plus supportable ». Quoi ? Ce que nous avons vu, devait-il être le pire et l’insupportable ? Ou bien nous sommes devenus aveugles, blindés de tout et
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indifférents à ce qui nous entoure ou alors l’Inde est en train de changer et n’a plus beaucoup à voir avec ce qui en avait été dit ou écrit.
Nous étions censés, à Calcutta, arriver en enfer, et qu’avons nous vu ? Une grande ville de province, avec de grandes et belles avenues, de la verdure, une foultitude affairée, mais assez organisée, des mendiants et des mutilés, mais moins que ce que nous pensions, moins d’agressivité pour obtenir une aumône, un pourboire ou pour réussir une vente que nous en attendions, après avoir été mis en garde par nos lectures et nos amis. Etions-nous trop sur nos gardes ? Avions-nous peur d’être pris en sandwich dans une marée humaine de mendiants, de lépreux et autres spécimens de la cour des miracles, qui nous auraient déchiré nos habits pour en emporter un bout, volé nos sacs, portefeuilles et papiers, appareils de photo et caméras, pour nous laisser nus dans une ruelle infâme, remplie d’immondices, de déjections, de vaches sacrées avec leurs bouses, de morts squelettiques dans les caniveaux ?
Peut-être que ? … Oui, c’est bien ce que nous attendions, et que nous n’avons, «jusqu’à maintenant » pas vécu, Dieu soit loué !
Calcutta, n’est évidemment pas une ville propre, dans le sens européen du terme, mais ce n’est pas une ville vraiment sale, asiatiquement parlant L’Inde est curieusement un pays, où tout ce qui par ailleurs nous parait à la limite du supportable, est ici naturel. Une rue peut être aussi propre sur une centaine de mètres qu’une rue Suisse, et devenir, sur les cent mètres suivants, une décharge à ordure, remplis de chiens errants, de mendiants, et de trous dans la chaussée aussi grands que des aquarium (ou bien dit-on «aquarii » ? Il faudra que je consulte Pivot !).
Inde étonnante ! Leurs voitures, si comiquement petites et de formes démodées, presque toutes pareilles, pour toutes classes sociales ainsi que pour les taxis, nous ramènent cinquante années en arrière. Leur manière de conduire, à toute vitesse, dans tous les sens, avec un mépris total du piéton et des autres conducteurs, en fait un jeu de stock-car, où le plus solide nerveusement et carrossièrement, en sort gagnant. Cabossé mais gagnant !
Inde étonnante ou, seule la nourriture indienne est très bonne, où les Hamburgers sont à base de mouton, où la bière ne se sert qu’en énormes bouteilles, alors qu’il existe des jours sans alcool, où les gens mangent avec les doigts de la main droite en dégueulassant complètement la table, où lorsque nous arrivons derrière eux à cette même table, le serveur nous demande si «vraiment » il faut la nettoyer, comme si cela n’allait pas de soi.
Inde étonnante ou, dans les trains, un quota de places est réservé aux touristes étrangers, mais ou dans les gares rien n’est fait pour faciliter la compréhension de leur système qui, à lui seul, est un véritable poème, où votre «prénom » et non votre nom est inscrit sur une feuille de papier à l’extérieur du wagon, et non à la porte de votre compartiment, où sur votre billet, il n’y a même pas de numéro de voiture et de place, alors que le train est d’une longueur incroyable. Il faut tout deviner, tout trouver soi-même, et s’y habituer.
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Je pourrais en faire une longue litanie de plusieurs pages comme cela, mais en définitif, je résume et je dis : j’aime l’Inde, j’aime Calcutta et je déteste en même temps, car je ne saisis pas tout, et cela me heurte.
Calcutta nous a plu à Marie et à moi, car ce n’était pas ce que nous attendions, et cela nous a rassurés ; peut-être que cela ne nous aurait pas plu, si nous avions été prévenus de ce que cette ville était en réalité.
Varanasi (Bénares), par contre, était bien ce que nous nous attendions à trouver ; un piège à touristes, avec une authenticité religieuse. Une foule bigarrée et hétéroclite, une folie de mouvements dans les rues, un bruit qui ne cesse jamais, une ambiance vraie, des rues que l’on croirait bombardées, des odeurs fortes d’épices et d’encens, de morts que l’on fait brûler, de bouses de vaches sacrées sur lesquelles il ne faut pas glisser, mais qui embaument l’atmosphère, de saleté, de poubelles, de sueurs, et de ferveurs.
Il faut avoir vu à six heures du matin, au lever du soleil, depuis une barque sur le Gange sacré et magnifique, tous ces «ghat » ou, religieusement et par un froid de canard, les Indiens viennent se recueillir, prier, se baigner, boire l’eau du fleuve et laver leur linge. C’est beau, c’est magnifique, c’est unique et c’est froid en hiver ! Que de bons moments nous avons passé là !

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