mardi 22 juillet 2008

BANGKOK TAMBOUILLE (Suite N°4)

Je vais donc continuer mon voyage et vous donner, en espérant que vous apprécierez, un nouveau chapitre au titre:

BANGKOK TAMBOUILLE ou Le Journal de Route de la Passion


Mardi, 16 février 1999

LE TEMPS DES DELICES.

Pourquoi les délices ? Certainement pour pouvoir faire un jeu de mots style «dehli’s folies », aussi parce que cela rime avec épices et pisse, les deux odeurs étant vraiment confondues dans les odeurs indiennes. Et aussi vraisemblablement parce que rien, mais absolument rien n’est «délices » dans la vie ici.
Nous avions quitté Varanasi en étant persuadés de retourner à la civilisation dans Dehli la capitale, et nous nous sommes mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude ; nous nous étions dit : Calcutta étant sensé être l’enfer, nous n’avons donc plus rien à craindre ; erreur monumentale, car ce n’est qu’à partir de là que nous avons commencé à découvrir l’Inde. Après notre chance Calcuttéenne et notre vision «touristique » de l’ex-Bénares, nous avons plongé dans la vie indienne de tous les jours.
L’Inde est un pays sale, vraiment sale, indéfinissablement sale, indécrottablement sale, mais absolument naturellement sale. Ce n’est pas un hasard, un concours de circonstances, un oubli passager ; NON ! C’est dans la mentalité basique de l’Inde, dans le caractère et la culture de ses habitants, ce n’est pas volontaire mais c’est le laisser-aller qui se trouve à l’intérieur de chaque individu ici.
Les résultats immédiats, perceptibles et visuels pour nous, pauvres touristes mécréants, barbares et ignorants de la véritable culture millénaire de ce grand pays,
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ce sont les draps pas nets et même tachés, les serviettes de toilettes qui sentent l’eau croupie, les salles de bain qui sont loin d’être propres, même dans les hôtels de luxe, les odeurs de pisse et de merde à peu près partout, les prises de courant qui ne marchent pas, le téléphone qui ne marche pas, les meubles bancals, la poussière nettoyée à peu près, les rideaux troués et mal accrochés, le siège des toilettes qui ne tient pas, la télévision qui n’est pas réglée, les nappes tachées, le linge donné à laver revenu taché, les jardins beaux mais mal entretenus, les statuettes placées en décoration dont le relief est accentué par la poussière, les rues défoncées, les trous dans les trottoirs, les objets les plus hétéroclites qui traînent sur la chaussée et ne sont jamais enlevés, les vêtements des serveurs, des guides, des gardes qui ne sont jamais impeccables, souvent mal coupés, mal portés, troués, les voitures bancales dont les compteurs marchent rarement, les toilettes sans papier, et je pourrais en citer mille autres.
Heureusement, il n’y a pas que ce côté-là en Inde sinon autant ne pas y aller ; il y a tout d’abord le côté farfelu, je dirais presque hilarant des indiens, leurs contradictions, leurs réactions, leur manière de prendre les choses, leur humour, l’impression qu’ils donnent de la culture anglaise mal comprise, mal assimilée et mal employée, le côtoiement du réalisme et de l’invraisemblable, du nouveau et de l’ancien, des progrès technologiques dans un cadre anachronique, de l’impression de rapidité et d’empressement dans les rues alors que rien ne se fait vite ici, l’insouciance dans le présent par rapport à ce qui les entoure, c’est-à-dire le Karma !
Ici, tout à cours : la merde que l’on jette sur votre chaussure pour, dans la même seconde, vous demander de la nettoyer moyennant Roupies, les chauffeurs de moto-rickshaw menteurs, qui vous racontent ne pas pouvoir vous emmener à tel endroit pour cause de manifestation, mais vous offrent de vous accompagner à un magasin de leur connaissance ou vous aurez droit à des prix «exceptionnels » (4 fois plus cher qu’ailleurs) et eux à leur commission. Car ici tous marchent à la commission ; exemple : nous voulons faire réparer quelque chose, nous allons dans un magasin spécialisé pour cette réparation, celui-ci, sans nous dire qu’il ne sait pas la faire, transmet à un autre magasin et prend une commission au passage ; si cela se trouve l’autre magasin fait de même, et la chaîne de «commissionnés » augmente, et pour finir, il faudra payer trois fois plus cher (histoire véridique !).
Il est clair que tout ceci est valable pour toute l’Asie aussi, mais je ne crois pas qu’il soit possible de trouver ailleurs une manière aussi évidente et claire, sans se donner la peine de dissimuler, de se faire entuber.
Les gens t’abordent pour te vendre une bricole ou pour mendier ou pour t’accompagner à un «tourism Information » bidon ou bien, pour un rickshaw ou un taxi, ils te suivent aussi longtemps qu’il le faut, mais n’insistent pas trop si tu n’es pas d’accord. Le charmeur de serpent sort tout son matériel quant il te voit arriver, y compris le panier dans lequel se trouvent des petits cobras inoffensifs, qui montrent péniblement leur tête lorsqu’il joue de la flûte «enchantée ». Tu refuses de payer ; il remballe immédiatement la marchandise, n’essaie pas de te séduire mais doit te vouer à tous les diables dans sa langue et dans sa tête. Pourquoi se donnerait-il la peine de faire l’effort ? Si tu ne t’arrêtes pas, c’est qu’il est écrit que cela ne doit pas se faire. Le problème est que cette mentalité à cours dans toute profession ; A la banque, rien ne te sera précisé si tu ne le demandes pas expressément, au
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restaurant pas d’explications de la carte et même le total des deux additions nécessaires, nourriture et boissons, doit être fait par le client, à l’hôtel pas d’explication sur les taxes (nombreuses et différentes suivant les cas), sur l’éventuel petit déjeuner ou sur les services disponibles. Il faut tout découvrir soi-même, et en plus il faut faire soi-même le travail des employés : à la banque remplir complètement leurs bordereaux de change, quelquefois inscrire au dos de chaque traveller’s chèque, votre nom, adresse complète, numéro de passeport ; à l’hôtel, en plus de la fiche client, il faut aussi remplir leur livre d’arrivée et de départ, et tout est comme cela, c’est énervant et risible ; je croyais la France être la patrie de la paperasserie administrative, mais, ici, nous sommes battus et de très loin
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